Comment s’en sort la plateforme de streaming Tidal après 8 mois d’existence ?

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Logo de la plateforme de streaming musical : TIDAL. (Source : tidal.com)

Inauguré avec Daft Punk, Madonna et Beyoncé entre autres, la plateforme de streaming musical Tidal de Jay-Z a vite déchanté. En effet, en quelques semaines, elle s’est vite retrouvée hors du top 1000 des applications téléchargées sur iPhone. Désormais, elle compte un million d’abonnés. Peut-on encore parler d’échec total pour cette plateforme ? Comment veulent-ils inverser la tendance ?

« Nous sommes là à long terme. S’il vous plaît donnez-nous une chance de grandir et de nous améliorer », affirme Jay-Z; le célèbre rappeur américain, qui a racheté Tidal avec sa société Project Panther Bidco en 2014. Tidal est une plateforme de streaming musical qui a été créée par la société suédoise Aspiro, qui proposait un service de streaming appelé Wimp. Tidal a été lancé par Jay-Z mondialement le 30 mars 2015, bien qu’il était disponible aux Etats-Unis depuis novembre 2014. Cette plateforme propose 25 millions de titres musicaux et 75 000 clips vidéo et aussi du contenu exclusif comme des critiques musicales. Tidal est la première plateforme possédée et dirigée par les artistes comme Jack White, Daft Punk, Calvin Harris, Chris Martin, Kanye West…

Autre originalité : le service est uniquement payant. Jay-Z a voulu contrer les services de streaming utilisables gratuitement qu’on appelle Freemium comme Spotify ou Deezer; c’est à dire une écoute gratuite mais entrecoupée de publicité. Tidal propose un streaming avec un son de qualité hi-fi qu’on appelle FLAC (Free Lossless Audio Codec). On parle de son lossless, c’est à dire qu’on ne perd pas de qualité audio en compressant la musique. Tidal propose deux offres : l’une standard à 9,99 euros par mois et l’autre à 19,99 euros par mois, ce qui change entre les deux est la qualité de la musique. Pour la dernière, il s’agit d’une qualité équivalente à celle du CD. Tidal se positionne dans la haute-qualité audio comme le propose Qobuz en France par exemple.

Une mauvaise stratégie de départ ? 

La stratégie principale qu’a adopté Tidal pour vendre son service a été de critiquer ses principaux concurrents comme Pandora (webradio avec offre gratuite ou payante) et Spotify, notamment sur la rémunération des artistes et les intérêts dans cette redistribution des droits. Tidal a aussi qualifié Apple Music de « Big Brother de la musique ». Le problème c’est qu’en critiquant ces plateformes;  elles ont eu plus de visibilité et ont connu plus de succès. Résultat, elles ont gravi le top 5 applications les plus rentables, contrairement à Tidal. Il y a aussi le problème du coût élevé de l’abonnement pour une qualité optimale : 19,99 euros par mois. Cela a peut être freiné les potentiels utilisateurs, préférant se tourner vers d’autres offres de streaming moins chères ou gratuites. Ayant atteint la barre symbolique du million d’abonnés, Tidal est loin d’être sorti d’affaire avec les 56 millions de dollars investis. Si l’on compare avec les 20 millions d’abonnés de Spotify, Tidal ne fait pas le poids. Même résultat avec Apple Music, arrivé dans la même période qui comptabilise plus de 6,5 millions d’abonnés. Le petit français Deezer est quant à lui à 6,3 millions d’abonnés.

Problème de direction et d’actionnaires ?

Suite à ces déconvenues, 3 directeurs sont passés chez Tidal en 8 mois. Tout d’abord, Andy Chen, ex-CEO de Aspiro, spécialiste suédois du streaming a été le premier à diriger à Tidal mais il a été vite remplacé par Peter Tonstad, issu également de chez Aspiro. Depuis décembre 2015, c’est Jeff Toig, ancien responsable commercial de Soundcloud, qui dirige Tidal. Des artistes comme Drake ont quitté Tidal pour se tourner vers Apple Music et d’autres seraient prêts à le faire comme David Guetta et Pharrell Williams.

Les concerts, les séries TV et une qualité audio encore meilleure pour attirer un nouveau public ?

Jay-Z a signé un accord avec TicketMaster, une société de vente de billets de spectacle, pour proposer en exclusivité sur Tidal des préventes de concerts, notamment ceux de Rihanna et Coldplay. Hormis cela, le 9 décembre dernier, Tidal a diffusé sur son site en exclusivité et en direct le concert d’Indochine, actionnaire de la plateforme. C’est peut-être par des évènements exceptionnels qui touchent des communautés de fans que Tidal pourrait gagner de nouveaux abonnés. Pour essayer aussi de se relancer ou plutôt se lancer, Tidal ajoute un nouveau secteur à sa plateforme musicale : la diffusion de séries TV. Les deux séries exclusives que diffusera Tidal sont Money and Violence et No Small Talk. De plus, en 2016, Tidal va proposer une nouvelle offre de streaming appelée Hi-Res Audio qui sera toujours à 19.99 euros par mois. Cette offre provient d’un partenariat avec Meridian qui propose de la haute définition audio et vidéo et qui va intégrer sa technologie Master Quality Authenticated (MQA). Il s’agit d’une nouvelle méthode de compression, qui permet d’avoir un fichier lossless au poids d’un MP3. Jay-Z réfléchirait aussi à l’idée d’un tarif préférentiel pour les étudiants souhaitant s’abonner à Tidal.

La renaissance de Tidal avec une alliance avec Samsung ?

Tidal pourrait rebondir et réellement s’imposer en faisant alliance avec Samsung. En effet, après l’échec de sa propre application de streaming Milk Music, Samsung souhaiterait acquérir Tidal afin de contrer Apple et son streaming musical Apple Music. En octobre 2015, Jay-Z aurait été vu dans les locaux de Samsung Research America où il aurait entamé des discussions avec Daren Tsui, vice-président de Samsung. Selon Variety, Jay-Z et Daren Tsui auraient négocié la potentielle acquisition de Tidal par Samsung. Tidal pourrait donc se retrouver sur tous les supports Samsung et donc acquérir une visibilité immense et mondiale; ironique de critiquer Apple Music et de suivre ensuite la même stratégie.

Tidal semblait presque mort mais il met actuellement les moyens pour survivre et même réussir à s’imposer. Laissons le temps et le public pour faire de cette plateforme un succès ou un réel échec.

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Charles-Antoine Jaubert – Etudiant en Master 2 Droit de l’économie numérique à l’Université de Strasbourg. Juriste, passionné par le droit des nouvelles technologies et les questions relatives aux données personnelles, réseaux sociaux, médias et musique en ligne.

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