L’Inde: de l’interdiction du portable aux femmes aux applications mobiles pour les protéger de la violence

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 Elles sont le reflet de l’Inde qui brille, les femmes des grandes villes de plus en plus indépendantes, modernes et connectées. Mais cette liberté des femmes, qui a accompagné la croissance économique du pays n’est pas acceptée par toute la société indienne. À 70 km de New Delhi, dans un village, les téléphones sont interdits aux femmes de moins de 40 ans.

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Cette décision fut prise par ceux qui constituent le conseil du village, une assemblée informelle réservée aux hommes, très puissante. Pour eux le portable est devenu un outil d’émancipation aux conséquences inacceptables. Les mariages d’amour n’étant pas tolérés, ces derniers refusent que les filles et les garçons puissent s’appeler librement. Plusieurs conseils de villages ont suivi cet exemple et font régner la terreur. Cette interdiction de téléphone est révélatrice du fossé entre l’Inde progressiste et l’Inde traditionnelle qui se creuse de jour en jour. Encore aujourd’hui en Inde, que ce soit dans les villes ou les campagnes, près d’un millier de femmes sont tuées ou victimes de violences pour avoir jeté le déshonneur sur leurs familles en bravant des coutumes d’un autre temps.

New Delhi, la mégalopole indienne, est souvent désignée comme une capitale du viol considérant le nombre d’actes de violence commis à l’égard des femmes. Pour se protéger et se sentir plus en sécurité, beaucoup de femmes s’orientent vers les nouvelles technologies. Des applications mobiles jointes au système de localisation par GPS (Global Positioning System – système de localisation mondial) sont maintenant disponibles pour être utilisées sur leurs smartphones. Ainsi, les femmes qui prennent fréquemment le bus ou le taxi pour leurs besoins de déplacement ou rentrer du travail tard le soir, peuvent utiliser une application intitulée « ICE Contact Details » ou « ICE Alerte ». Cette dernière, permet d’avertir leurs pères sur leur téléphone dès qu’elles rentrent dans un véhicule ; même à une heure tardive de la journée. Le père, sur son portable, va recevoir une mise à jour lui indiquant que sa fille ou sa femme est à bord d’un taxi avec sa position exacte toutes les 15 minutes.

Des sociétés se sont lancées sur ce créneau malheureusement prometteur. Nasscom (women’s sécurity initiative) est une autre application fonctionnant comme un système d’urgence et d’appel à l’aide via un numéro pré-enregistré et là aussi positionnement précis de l’utilisatrice. Quand une femme a des problèmes avec des hommes, ce qu’elle peut faire c’est d’appuyer sur le bouton « help me – à l’aide » et un SMS est envoyé au numéro qu’elle a enregistré. Il est très difficile de passer un coup de fil en cas de problème, or il apparaît plus facile d’appuyer sur un bouton et ainsi envoyer un SMS.

Pour information, l’Inde compte près de 900 millions de téléphones portables en circulation. Ces applications peuvent sauver des vies en Inde où les scandales de viol se multiplient. Les victimes n’osent pas porter plainte par peur d’être rejetées par leur famille ou par manque d’implication des autorités. Désormais, la technologie leur vient en aide grâce aux applications qui permettent d’alerter leurs proches en cas de danger.

Certaines compagnies de taxi en Inde ont choisi de développer des applications adaptées à leur activité. Lorsqu’une femme réserve un taxi, elle reçoit un descriptif précis avec numéro d’immatriculation et nom du chauffeur. Dans cette course à la sécurité, ce sont bien les proches qui sont prévenus en priorité plutôt que la police jugée souvent complaisante avec les agresseurs. Quatre viols sur cinq ne sont d’ailleurs toujours pas signalés aux autorités.

En Inde, cette technologie ne dépend pas de l’administration communément considérée comme lacunaire ; c’est alors la technologie qui donne un sentiment de sécurité et d’efficacité. Il y a cependant un inconvénient, la plupart de ces applications ne fonctionnent que sur les smartphones équipés d’un abonnement internet et un GPS, or seules les classes les plus aisées peuvent se l’offrir.

Abdelhafidh BENGUERBA

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