Copenhagen Suborbitals : Financement participatif et conquête spatiale

Le financement participatif est décidément un vecteur de tous les possibles. Depuis 2008 deux ingénieurs danois y ont eu recours pour financer leur projet d’envoyer un homme dans l’espace, à bord d’un engin conçu et développé par leurs soins.

Source de l'image : Thomas Pedersen

Source de l’image : Thomas Pedersen

Les activités aérospatiales ont longtemps été l’affaire d’Etats suffisamment puissants pour investir les moyens colossaux nécessaires à la recherche, la production et le lancement d’engins spatiaux, habités ou non. A l’époque fer de lance des deux blocs antagonistes de la Guerre Froide, la conquête spatiale s’est récemment ouverte au secteur privé, avec l’apparition de prestataires de services tels que les sociétés Space X et Orbital Sciences Corporation.

Les agences spatiales publiques ont régulièrement recours à ces acteurs privés qui disposent de leur propre technologie, notamment pour ravitailler la station spatiale internationale.

Il est évident qu’il s’agit là d’une activité forte coûteuse, et que le marché ne compte que quelques acteurs capables de fournir ce type de service. Sous cet angle, il serait tout à fait absurde d’envisager que des amateurs puissent faire la même chose avec des moyens très limités. Et pourtant…

Lancé en mai 2008, le projet de l’organisation à but non lucratif danoise Copenhagen Suborbitals consiste à envoyer un homme dans l’espace au moyen d’une technologie développée en toute transparence sur le principe de l’open source.

Les deux fondateurs, Kristian von Bengston, architecte de formation ayant notamment travaillé pour la NASA sur des rovers lunaires, et Peter Madsen, entrepreneur ayant développé des sous-marins entre 2002 et 2008 sur le même modèle, se sont entourés d’une équipe de spécialistes pour mener à bien cette aventure.

L’organisation ne pouvant pas générer de profit, son modèle économique repose donc en grande majorité sur un réseau étendu de donateurs réguliers, auquel il faut ajouter des donateurs ponctuels, quelques sponsors, l’usage de la marque déposée, et la participation rémunérée des collaborateurs à des conférences.

Ce réseau de donateurs s’est constitué depuis 2008 à force de bouche à oreilles entre internautes intrigués, mais également grâce à une stratégie de communication efficace et par l’intérêt que ce projet hors du commun a suscité tant dans certains cercles scientifiques que chez plusieurs entreprises. On trouve aujourd’hui quelques dizaines de sociétés et plusieurs centaines de particuliers dans la liste des piliers financiers de Copenhagen Suborbitals.

En 2014, tout porte à croire que ce mécénat en ligne est désormais bien rodé, puisqu’il assure un revenu mensuel suffisant au développement, à l’assemblage et aux tests des engins supposés envoyer à terme un bénévole volontaire à une altitude de 100 kilomètres…

Interviewé sur le montant de ce revenu, Kristian von Bengston déclare toucher en moyenne 24 000 dollars par mois, soit « le budget café mensuel de la NASA », précise-t-il en plaisantant.

Toujours est-il que cette somme, qui semble ridicule au regard de l’objectif envisagé, a permis à Copenhagen Suborbitals de concevoir plusieurs générations de lanceurs, une combinaison spatiale, de même que plusieurs capsules habitables, ceci sans compter l’acquisition de la flotte navale, du matériel, et des infrastructures nécessaires aux nombreux tests.

Source de l'image: Kristian von Bengston

Source de l’image: Kristian von Bengston

Ces derniers sont en effet réalisés soit depuis une plateforme flottante en pleine Mer Baltique, soit de manière statique, devant le hangar de l’association situé sur les docks de Copenhague.

En tout état de cause, il arrive bien souvent que les maigres ressources ne suffisent plus devant le coût de ces opérations. Malgré les conséquentes donations de matériel et d’équipements de la part de sociétés sponsors, des campagnes de crowdfunding additionnelles sont parfois organisées sur des plateformes spécialisées lorsque l’absence de fonds paralyse l’avancée du projet.

Se pose cependant la question des résultats obtenus. L’équipe d’une trentaine de bénévoles passionnés est-elle prête à envoyer l’un des leurs aux confins de l’atmosphère terrestre ?

Comme en témoigne le blog officiel, qui partage les moindres détails techniques du projet, le chemin est encore long avant d’atteindre les cieux.

En effet, le test statique de la fusée HEAT-2X s’est soldé par un échec cuisant en août dernier. Et pour cause, le moteur fut pulvérisé par la combustion du carburant après la rupture des joints de l’isolant thermique…

Trois ans auparavant, le test en conditions réelles de la fusée précédente, le modèle HEAT-1X, avait toutefois été couronné de succès malgré un problème de trajectoire quelques secondes après le décollage.

Cette relative réussite technique contribua surtout à montrer qu’une petite structure bénévole soutenue presque exclusivement par financement participatif possédait les capacités de concevoir, construire et lancer un engin haut de 10 mètres et pesant plus d’une tonne depuis un pas de tir flottant.

Quoiqu’il en soit, cette expérience inédite laisse admiratif quant à la flexibilité et la créativité qu’autorise le financement participatif. Mais elle démontre également le succès du partage d’un travail collaboratif désintéressé et des techniques utilisées, à l’instar de l’Open Source Initiative en matière de logiciels.

 

Nicolas Babelon
Étudiant du Master 2 Droit et Gestion de l’économie numérique de l’Université de Strasbourg, je tâche de prendre la mesure d’un monde transformé par la grande révolution technologique que sont les TIC. Nouvelles techniques, nouveaux modèles économiques, nouveaux enjeux politiques et stratégiques, le numérique est en passe de devenir la locomotive à laquelle s’accrocheront les wagons de notre société contemporaine…

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