La lutte des diffuseurs d’événements sportifs contre les vidéos Vine.

 Depuis sa sortie en 2013 sur les différentes plate-formes de téléchargement mobile, l’application Vine appartenant à Twitter a connu un essor fulgurant. Celle-ci permet aux utilisateurs de publier de très courtes vidéos dont la durée est immuable: un “loop” de 6 secondes. Un phénomène est rapidement apparu à mesure de la croissance de ce média, l’utilisation de celui-ci pour contourner le droit d’auteur en matière de retransmission sportive, et particulièrement s’agissant du football.

La magie des réseaux sociaux, mais aussi son danger, est que n’importe quoi est susceptible de se répandre de façon virale. Cette affirmation est d’autant plus vraie lorsque cela touche au sport le plus populaire au monde: le football. Fatalement, le format de Vine se prête particulièrement à la diffusion de bribes de matches, le plus souvent des buts ou des faits marquants.

Dans la plupart des cas, les vidéos hébergées sur la plate-forme sont de bien piètre qualité car prises par des smartphones qui filment un écran de télévision. Ce qui aurait pu n’être qu’une simple mode éphémère s’est propagée jusqu’à toucher des sites professionnels. En effet, qu’il s’agisse du site du célèbre quotidien l’Équipe ou de celui du magazine mensuel So Foot, ceux-ci n’ont pas hésité à se servir de ces courtes vidéos pour illustrer leurs articles en surfant sur le succès de l’application. Celle-ci compte à ce jour plus de 100 millions d’utilisateurs.

Assez indifférents au départ, les diffuseurs ont commencé à s’offusquer de ces pratiques qui contreviennent selon eux au droit de la propriété intellectuelle. Le point de non retour a été atteint en juin 2014, lorsque les diffusions illégales de contenu protégé ont explosé durant la Coupe du Monde. Si l’on prend pour exemple le marché français, Beinsports et Canal+ se livrent une dure bataille à chaque appel d’offres pour l’obtention des droits TV. En jeu, les différents lots permettant la diffusion de matches sur différentes plages horaires réparties du vendredi soir au dimanche soir. Ces droits sont cédés en vertu de l’article L.333-1 du Code du sport par l’organisateur de ces compétitions: la Ligue de Football Professionnel (LFP). Il s’agit de droits exclusifs de diffusion que possède à titre gratuit la LFP et qu’elle est libre de céder moyennant rémunération. A compter de la saison 2016 et jusqu’à 2020, les deux concurrents vont dépenser 748,5 millions d’euros par an pour pouvoir diffuser la Ligue 1 et la Ligue 2.

La prix exorbitant déboursé par les ayants-droit suffit à expliquer leur hostilité croissante à l’égard de cette pratique devenue banale. Ainsi, une vidéo de 6 secondes causerait un préjudice d’environ 2190 d’euros à la chaîne diffusant la rencontre. Ce chiffre ne signifie pas grand chose dans l’absolu mais Beinsports et Canal+ craignent une diminution des abonnements corrélativement à l’expansion du média Vine. C’est dans cette optique que le contenu de l’application est de plus en plus surveillé par les diffuseurs qui demandent systématiquement le retrait des vidéos contrevenant à leurs droits. Par ce biais, la grande majorité des “loops” illégaux sont retirés mais ce n’est pas toujours le cas. En outre, comme cela a déjà été fait en Angleterre, la LFP et ses ayants-droit s’apprêteraient à demander à Vine de filtrer le contenu posté sur l’hébergeur a priori comme le fait Youtube. De cette façon, les vidéos violant le droit d’auteur ne seraient même pas publiées.

 Si sur le fondement du droit pur, ces revendications sont pleinement compréhensibles, ce phénomène met en lumière la dérive progressive du football. Le marketing a très largement pris le pas sur la passion et les clubs de football sont désormais vendus comme des produits. Les images se paient à prix d’or et les principaux lésés dans l’affaire sont les véritables amateurs de football. Le prix des abonnements n’a de cesse d’augmenter et il y a de moins en moins de contenu gratuit. Le modèle de Vine fonctionne si bien car les passionnés voient en ce moyen de communication une façon de se réapproprier leur sport.

 Le dernier point sur lequel il convient de s’interroger est la nécessité de cette lutte contre ces micro-vidéos. Si l’atteinte à la propriété intellectuelle est effectivement avérée, ces vidéos de piètre qualité mettent-elles réellement en péril la pérennité du modèle économique des diffuseurs? Qui plus est, il serait plus sensé de s’attaquer à la pratique du streaming qui pour le coup est bien plus nocive. Cette pratique vise à diffuser en continu les images qui passent en direct. Pour le football, il s’agit de diffuser la retransmission du match passant à la télévision sur Internet pour permettre aux personnes n’ayant pas la chaîne de pouvoir voir le match. Il est très difficile de lutter contre cette pratique car le contenu est souvent diffusé sur des sites basés dans des pays dont la législation est très souple en la matière. Ainsi, le temps que la fermeture d’un flux soit obtenu, plusieurs autres auront déjà vu le jour. La remarque est également valable pour Vine puisque si les vidéos ne circulent plus par ce biais une fois que les vidéos ont été filtrées, un autre moyen sera trouvé pour véhiculer le contenu. Revient alors la sempiternelle question de l’effectivité du droit dans les méandres de l’Internet.

 Faut-il appliquer bêtement et simplement le droit en poursuivant systématiquement les contrevenants ou mettre en place une certaine tolérance ? La balle est dans le camp des diffuseurs qui devront y répondre aussi bien d’un point de vue juridique que de leur image et des répercussions commerciales de leur choix.

Thomas Schmidt

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