Réseaux anonymes et économie parallèle

La popularisation des outils permettant d’assurer l’anonymat sur internet a eu pour corollaire le développement d’un marché noir, dont les mécanismes sont très similaires aux sites d’achat en ligne grand public.

Bitcoin

Les trois dernières années ont été riches en actualités relatives à l’usage des réseaux anonymes, permettant d’accéder à des contenus cachés des moteurs de recherche (le Deepweb), mais surtout de brouiller son identité sur le Web.
Qu’il s’agisse de l’affaire Wikileaks, du Printemps Arabe, ou encore des révélations d’Edward Snowden sur les écoutes de la NSA, le point commun est l’évocation par la presse grand public des moyens utilisés par les acteurs de ces événements pour échanger des informations sur internet sans être identifiés.

C’est dans ces conditions que bon nombre d’internautes curieux ont pu constater, une fois connectés à un réseau anonyme (et plus particulièrement TOR), l’existence d’une myriade de sites de vente en ligne. Ces sites, non référencés par les moteurs de recherche classiques tels que Google, et généralement trouvés via des Wikis plus ou moins confidentiels, échappent à tout contrôle.
Ceci bien évidemment à dessein, puisque l’on y trouve toutes sortes de biens illégaux, normalement impossibles à écouler sans risquer de lourdes condamnations.

Le plus notable et fréquenté de ces sites était connu sous le nom de SilkRoad, avant qu’il ne soit saisi et fermé par le FBI le 2 octobre 2013.
Les moyens déployés par les autorités américaines, ainsi que la durée de l’enquête, ont à l’époque suscité l’intérêt des médias, notamment au regard des répercussions de cette fermeture sur cette économie souterraine. Ces derniers, ne se limitant pas à relater les faits, ont bien souvent détaillé la façon d’accéder aux sites non référencés.

La conséquence ne se fit pas attendre, avec une explosion quasi immédiate du nombre de connections au réseau TOR, ce que le montre l’outil statistique du projet, Tor Metrics :

Tor Metrics

 

La fermeture de SilkRoad a provoqué sur le Deepweb une très forte augmentation du nombre de sites similaires, cherchant chacun à remplacer le mastodonte disparu.
Ce sont donc des centaines de plate-formes qui ont vu le jour, une fois le monopole de ce dernier anéanti.

Ces plate-formes de commerce en ligne fonctionnent toutes sous le même modèle.
A l’instar d’eBay, de Priceminister ou même d’Amazon, chaque vendeur poste une annonce faisant la description détaillée du bien vendu.
L’acheteur peut alors décider de le contacter en utilisant une messagerie cryptée afin de procéder à la transaction.
Le paiement se fait exclusivement en Bitcoins, monnaie virtuelle et anonyme convertible en devises réelles par l’intermédiaire de services bancaires dédiés.
La plate-forme de vente prélève alors une commission sur la somme versée, à la manière de PayPal.

Une fois la transaction réalisée et l’acheteur satisfait, celui-ci peut noter le vendeur et le recommander auprès des autres visiteurs. Ce système permet ainsi de limiter le risque d’arnaque, très fort dans ces espaces dépourvus de tout contrôle.
Bien qu’il n’existe aucune statistique officielle et fiable permettant d’avoir une idée des sommes échangées, la plainte du gouvernement américain contre Ross William Ulbricht, le fondateur et propriétaire de SilkRoad, contenait quelques données à ce propos:

  • L’équivalent de 30 millions de dollars en Bitcoins fut saisi sur les disques durs de Ulbricht, le tout provenant des commissions prélevées sur les transactions réalisées
  • Le bénéfice total des commissions touchées était estimé à 80 millions de dollars
  • La valeur totale des ventes réalisées sur le site depuis son lancement était estimée à plus de 1,2 milliards de dollars

Ces chiffres permettent d’avoir un indice sur les sommes échangées, sachant qu’il ne s’agit là que d’une seule plate-forme. Celle-ci était certes notoire, mais n’était cependant qu’une parmi d’autres. Or, sa fermeture ayant fait grand bruit, il y a fort à parier que l’engouement médiatique pour l’événement ait contribué à favoriser la rencontre entre l’offre et la demande.
Sous cette perspective, le marché noir du Deepweb serait aujourd’hui plus florissant que jamais…

Il faut donc mettre en garde le téméraire qui souhaiterait s’y risquer :le e-shopping sur le Deepweb présente de grands risques. Outre les arnaques omniprésentes, la sécurité y est très précaire sinon inexistante. Ceci sans parler des risques d’être identifié, et donc de faire l’objet de poursuites judiciaires.
L’un des successeurs de SilkRoad, baptisé simplement SilkRoad 2.0, a en effet été victime en février 2014 d’une attaque dirigée par l’un des vendeurs. Ce dernier, après s’être approprié le site, a dérobé une partie de la réserve de Bitcoins, pour un montant de 2,4 millions de dollars. De nombreux utilisateurs se sont donc retrouvés dépouillés, sans aucun recours possible.

Le curieux doit donc être pleinement averti et agir de manière totalement responsable, s’il décide de constater par lui-même l’ampleur de la partie immergée de l’iceberg.

Nicolas BABELON – Linkedin

 

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