Fort McMoney, quand le documentaire joue l’avenir d’une ville

Une nouvelle expérience inédite sur la toile nous est proposée à partir de lundi 25 novembre par David Dufresne, coauteur du web documentaire Prison Valley. A la croisée des chemins entre le web documentaire et le jeu vidéo, Fort McMoney est une expérience déroutante mais diablement efficace ! Une petite partie ? 

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« Votre but, explorer la ville, interroger ses habitants venus faire fortune ou sans abris, laissés pour compte d’une ruée vers l’or qui n’est pas pour eux […] Vous avez 4 semaines pour débattre, contrôler le destin de la ville. 4 semaines pour faire triompher votre vision du monde ». C’est sur ces bonnes paroles que l’introduction à l’expérience commence. Et nous voilà dans une voiture où l’on nous explique qu’il faudra interroger les habitants, récolter des indices, participer à des débats pour augmenter notre influence sur le futur virtuel d’une ville, elle bien réelle, Fort McMurray.

Justement qu’est-ce donc que Fort McMurray ? Ce n’est rien de moins que la 3ème réserve mondiale de pétrole, produite à partir des sables bitumeux dont le traitement est extrêmement polluant et énergivore. C’est la ville de toutes les démesures, un nouvel eldorado d’or noir situé au Canada dans la province d’Alberta, passé en 10 ans de 30 000 à plus de 100 000 habitants et d’un budget de quelques dizaines de millions de dollars à plus d’un milliard. Une ville où les serveuses gagnent 10 000 dollars par mois sans pour autant pouvoir se loger, la faute à des loyers plus élevés qu’à Manhattan…

« Je me suis inspiré d’un jeu de simulation comme SimCity »[1]

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Partant de cette situation exceptionnelle, le jeu nous propose d’en prendre le contrôle en visionnant un documentaire interactif. C’est ainsi que nous partons à la rencontre de près de 50 personnages, du PDG de Total au sans abris échoué de l’industrie pétrolière en passant par le barman régnant sur les nuits endiablées des travailleurs du pétrole. L’apport du jeu vidéo permet de faire s’exprimer tous les points de vue. Par ailleurs, il instaure une sorte de démocratie méritoire virtuelle. Le principe est simple : plus le joueur est curieux, plus il a de points et plus il pourra peser sur les décisions virtuelles qui sont adoptées par référendum auprès des joueurs chaque dimanche.

« Contrairement au web-documentaire, le jeu a un but, une finalité : faire triompher votre vision du monde, faire triompher le business, l’écologie ou le social, soit les trois points de tension qui s’affrontent dans le jeu. »[2] résume Alexander Knetig, chargé de programmes interactifs d’Arte France. Il s’agit de poser différemment la question de la fin du pétrole selon les propos de David Dufresne : « Si on arrête l’exploitation des sables bitumineux, par quoi va-t-on la remplacer ? Il est aussi essentiel de regarder les dégâts causés par cette frénésie pétrolière. Il y a, par exemple, une séquence tournée dans un village autochtone où les taux de cancers sont anormalement élevés. Là réside toute notre ambition : que le public aille voir au-delà de ses propres certitudes. »[3].

La démocratie participative à l’essai

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L’expérience virtuelle se déroulera sur 12 semaines divisées en 3 phases – les 25 novembre 2013, 20 janvier et 24 février 2014 – qui renouvelleront les lieux et les personnages avec une décision chaque dimanche. L’inspiration vient d’ailleurs de Sim City déclare David Dufresne. Pour compléter, un partenariat a été signé avec plusieurs médias dans les trois langues proposées – français, anglais et allemand – Le Monde, The Globe and Mail, Süddeutsche.de et Radio Canada. Chacun produira des articles sur la thématique hebdomadaire abordée dans le jeu pour aider les joueurs et les éclairer sur les implications de leurs choix.

Produit par le pôle web d’Arte, Toxa et l’Office national du film du Canada, ce web documentaire apparait comme une mini révolution dans la presse en ligne, mais également pour le e-learning. Le prix à payer pour cette richesse : 2 ans d’enquête, 60 jours de tournage et 620 000 euros, certes moins qu’un film mais on s’en rapproche doucement. A cela s’ajoute l’ambition du réalisateur de revenir à Fort McMurray pour rendre compte de l’évolution de la réalité et si le virtuel a pu avoir une quelconque influence sur cette ville, perdue dans le grand nord glacé.

Alors Mesdames, Messieurs, laissez tomber Candy Crush et autres jeux Facebook désormais has been ! Plongez-vous tout entier dans un immense jeu web 2.0 plus vrai que nature !

DSC_0035Guillaume SAUTER

Etudiant en droit de l’économie numérique, europhile convaincu et concerné par la révolution numérique, les questions de cybersécurité, de protection des données personnelles et de sociologie humain-machine.

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