Ingénieurs du son : Les geeks du monde de la musique

Il s’agit d’un métier particulier. Mobilité, précarité (surtout en début de carrière), et surtout, proximité des TIC. En effet, un ingénieur du son a le devoir de se former lui-même à l’usage des TIC et d’être le pionnier de certaines pratiques au niveau professionnel. Jeremy Lorentz, ingénieur du son de la génération Y, ayant travaillé au PMC de Strasbourg, la Cigale ou à l’Olympia avec The Moorings notamment, et qui plus est, est un ami de longue date, nous explique en quoi l’ingénieur du son est un vecteur d’évolution technologique dans son métier.

Jeremy à la Cigale en train de sonoriser The Moorings

Pierre : Bonjour Jeremy, tu as fait une formation pour ce métier à Montpellier. Que t’a-t-elle apporté au niveau de l’usage des tablettes et de l’utilisation des consoles numériques?

Jeremy : En réalité, pas grand-chose… La formation m’a apporté les connaissances techniques, j’ai dû par la suite m’adapter aux nouveaux outils, comme les tablettes ou les consoles numériques. Cela dit, j’ai terminé ma formation il y a quatre ans et il n’y a pas véritablement de formation type pour accéder à ce métier. L’I Pad 1 venait de sortir quand j’ai commencé à travailler.

P : Les ingénieurs du son semblent plus mobiles par rapport à l’usage de la tablette tactile. Qu’en est-il en réalité ?

J : Contrairement à ce qu’on puisse penser, la tablette tactile nous a plus servi en quelque sorte à être moins mobiles qu’à l’être plus… En réalité, l’usage de la tablette nous permet d’effectuer des réglages à distance et donc, sans avoir le besoin de faire de multiples allers retours vers la console. L’iPad me sert surtout au niveau de la console. Après, les tablettes PC permettent des réglages au niveau du hardware, de la sono, de manière plus poussée et surtout beaucoup plus simplement qu’auparavant. La tablette PC me sert pour le réglage à même le support, ce qui n’est pas faisable par la console, alors que l’iPad est plus connectée à la console. C’est un mini système d’information en quelque sorte. Je peux aller dans les gradins pour voir comment régler l’orientation du son par la sono, sans avoir à m’y déplacer directement. On peut régler tout en bougeant.

P : Les ingénieurs du son sont en quelque sorte des geeks à ce niveau ?

J : Totalement. Maintenant, on utilise la tablette tactile, avant, il y a eu l’arrivée de la console numérique qui a remplacé la console analogique. Les consoles numériques deviennent de très bonne qualité. L’avancée technologique est très importante, très rapide. Les mentalités ne changent pas vite cependant. Au début du numérique, les boîtes de prestations (location de matériel) ne disposaient pas de consoles numériques. C’est la demande qui crée l’offre. Avec les demandes grandissantes de consoles numériques, les boîtes de prestations se sont équipées en conséquence. Dans un domaine parallèle, la gestion des effets visuels sur scène se fait sur plusieurs moniteurs, tactiles et interconnectés à d’autres supports.

Cela dit, l’évolution de la technologie nous a aussi déjà posé des problèmes. En effet, en 2011, l’ARCEP a réservé certaines fréquences pour la 4G, alors qu’elle n’arrive que maintenant. Ces fréquences nous servaient pour utiliser certains micros sans fil… Nous sommes devenus hors la loi et avons dû nous adapter et ne pouvons plus utiliser les hautes fréquences à cause de la réservation de ces fréquences à une autre technologie. S’est ensuivi un renouvellement du parc de micros sans fil.

Au niveau de l’exploitation du mp3 par les maisons de disques, il y a un vrai retard. En effet, l’utilité du mp3 était de compresser le format facilement et démesurément. Compresser une musique aussi intensément, c’est comme essayer de passer un éléphant dans un trou de souris. Il y a forcément des dégâts au niveau de la qualité du son, qui devient très plat. Cela avait un intérêt lorsque nous avions des capacités de stockage limités dans nos matériels informatiques, mais ce n’est plus le cas. Le mp3 est dépassé, mais la demande d’une plus haute qualité de son est trop peu importante pour que les maisons de disques changent leurs méthodes. C’est ce qu’on appelle la guerre du son, expliquée par le fait que le cerveau humain retient plus facilement les choses quand elles sont fortes. Il n’apparaît que des perdants, consommateurs comme professionnels.

P : Est-ce qu’il manque quelque chose pour l’ingénieur du son au niveau des logiciels sur les tablettes ?

J : Il y a moins de réglages disponibles que sur une console, c’est sûr, après le but n’est pas de remplacer la console par une tablette. L’idée est d’améliorer la vitesse de réglage avec un dispositif léger pour assurer l’exécution du programme de manière fluide.

P : L’ingénieur du son fonctionne en réseau. Ont-ils tendance à se dématérialiser à travers les réseaux sociaux notamment ?

J : Je ne suis pas très accroché aux réseaux sociaux. J’ai Facebook et Twitter. On m’a déjà contacté une fois ou deux sur Facebook, mais le réseau « physique » est toujours très important. C’est ton réseau qui te donne du travail. Un ingénieur du son est à cheval entre le salarié et le patron à ce niveau-là. C’est à ce niveau précis qu’on retrouve le côté précaire du métier d’ingénieur du son et plus largement, du statut d’intermittent du spectacle.

P : Merci beaucoup, Jeremy. J’espère que tu continueras à évoluer dans ta voie.

Comme il n’est pas en reste avec son métier, Jeremy fait partie d’un groupe, Black cat crossin’ qui vient de se lancer au niveau local à Strasbourg. Comme quoi, malgré ses voyages, il reste disponible pour ses amis et montre qu’il est également amoureux de la musique sous l’angle de musicien. Suite à cette interview, je tiens à remercier personnellement Jeremy pour sa collaboration ainsi que les Moorings et leur photographe.

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