Manipuler les médias – impossible – vraiment ?

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Se faire passer pour un amateur de course à pieds pieds nus, un collectionneur de lecteurs de vinyles, un insomniaque chronique, raconter ses anecdotes de bureau dans la presse, c’est possible.

Hannah Arendt - La Crise de la Culture, Vérité et Politique (1968)

Ryan Holiday a pris le masque de tous ces personnages et d’autres encore pour se faire interviewer le plus sérieusement du monde dans des médias aussi prestigieux et crédibles que ABC News, CBS, Reuters et même le New York Times. Ce responsable marketing chez American Apparel, âgé de 25 ans, a endossé ces personnages en utilisant une plate forme de mise en relation de journalistes et de témoins du nom de HARO (Help A Reporter Out). Il ne lui restait ensuite plus qu’à broder autour du sujet pour servir aux journalistes ce qu’ils attendaient.

Il a ainsi fourni des témoignages divers pour des journalistes et blogueurs sans même prendre la peine de masquer son identité. Une simple recherche avec son nom sur internet aboutissait pourtant à son profil sur le Huffington Post où il se définissait lui même comme un manipulateur des médias.

Le jeune homme veut dénoncer cette course à l’information qui fait que les journalistes ne cherchent plus que la vitesse puisque, selon lui, un article sérieux fait autant d’audience en clics qu’un article bâclé.

Interrogé sur l’usurpateur et ses méthodes, le journaliste du New York Times qui l’a interviewé comme étant un collectionneur de platines de tourne disque (alors qu’il n’a que des CD chez lui), a expliqué qu’il n’avait aucune raison de croiser ses sources ou vérifier des faits car il ne voyait aucun intérêt pour son interviewé à mentir sur un sujet aussi prosaïque. C’est pourtant bien, comme pour ses autres collègues piégés, une logique de rentabilité qui l’a emportée et l’a amené à relayer auprès de millions de personnes une information totalement imaginée.

Ses manipulations servaient à mettre le doigt sur ce qui se passe lorsque les journalistes et blogueurs en charge de produire de l’information ne sont plus guidés par une conscience professionnelle ou un sens du devoir civique mais par des considérations de rentabilité commerciale. Il pose ainsi la question de la dérive de la qualité de l’information quand les médias écrits ou audiovisuels cherchent leur modèle pour relever le défi des nouvelles technologies connectées.

Ryan Holiday a rassemblé ses faux témoignages dans un livre intitulé « Trust me I’m lying, confession of a media manipulator » (Faites moi confiance, je mens. Confessions d’un manipulateur des médias). Les petits mensonges de Ryan Holiday lui ont valu une excellente couverture médiatique pour la sortie de son livre.

Joli coup double pour un manipulateur, non ?

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